Faites attention
Fais attention.
Cette phrase complète insidieusement minuscule me trouble (encore et encore !).
Elle m'intrigue, cette idée que nous devons transiger avec l'attention, la donner en échange de quelque chose qui nous est demandé ou exigé. Elle m'intrigue par la façon dont elle utilise presque invisiblement le langage de l'argent et du commerce : fais attention. Comme s'il s'agissait d'une dette suspendue au-dessus de la tête d'un enfant.
Dans une salle de classe, pas plus tard que la semaine dernière, j'ai entendu une éducatrice demander exiger d'un groupe d'enfants de trois ans qu'ils « fassent attention » pendant un moment de cercle. On demandait aux enfants de compter jusqu'à vingt, à voix haute et à l'unisson. Il y avait un grognement dans la voix de l'éducatrice alors qu'elle faisait sa demande, une pointe d'épuisement qui dressait les cheveux sur la tête, un sentiment que je connais si bien. Il y a une physicalité qui peut s'infiltrer chez une éducatrice de la petite enfance épuisée, surchargée de travail, sous-payée et sous-estimée pour laquelle j'ai la plus grande empathie ; j'ai été elle aussi. Je me tourne vers Ann Pelo et Margie Carter qui me rappellent que « lorsque nous engageons les éducateurs comme nous espérons qu'ils engagent les enfants, nous les considérons comme des participants capables au projet d'enquête [...] » (2018, p. 126). Alors, encore une fois, je dois réfléchir à ce que nous entendons par faire attention. Ce n'est pas une demande neutre, en effet nous demandons aux enfants de nous donner la capacité d'action (sans doute) la plus profonde de toutes, de choisir où placer notre attention. « Par l'attention, je gagne ma liberté, mon émancipation et mon pouvoir d'agir » (Ramsay-Levi, 2023, p. 15).
Vos réflexions ?
Comment pourrions-nous valoriser l'attention en dehors des systèmes dans lesquels elle nous est « due » en tant qu'éducateurs ?
Qu'est-ce qui serait possible si nous considérions l'attention comme le plus grand privilège et la plus grande obligation dans nos salles de classe ?
À propos de l'auteure
Catherine-Laura Dunnington détient une licence ECE III au Manitoba et en Nouvelle-Écosse et a eu le privilège de travailler dans des classes de petite enfance partout en Amérique du Nord. Elle est actuellement professeure adjointe en études du développement à l'Université de Winnipeg, sur le territoire du Traité n°1.
Références
Pelo, A., & Carter, M. (2018). From teaching to thinking: A pedagogy for reimagining our work. Exchange Press.
Ramsay-Levi, N. (2023). Rule 1. In New rules next week: Corita Kent’s legacy through the eyes of twenty artists and writers (pp. 12-15). Chronicle Books.
Crédit photo : Catherine-Laura Dunnington